Quand un gouvernement annonce une exonération fiscale, cela passe souvent inaperçu.
Mais certaines décisions méritent qu’on s’y attarde.
Le président William Ruto vient d’annoncer que les 100 000 premiers véhicules électriques importés au Kenya seront exemptés de droits de douane.
À première vue, cela ressemble à une simple mesure destinée à encourager l’achat de voitures électriques.
En réalité, cette décision pourrait être beaucoup plus stratégique.
Car derrière ces 100 000 véhicules se cache une question bien plus importante :
Qui dominera la mobilité africaine de demain ?
Une leçon venue du passé
En 2007, lorsque le Kenya a lancé M-Pesa, peu de personnes imaginaient que le pays allait devenir une référence mondiale en matière de paiement mobile.
À l’époque, beaucoup considéraient cette innovation comme un simple service pratique.
Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes utilisent des solutions inspirées du modèle kényan.
Le Kenya n’a pas attendu que tout le monde soit convaincu.
Il a pris de l’avance.
Et il est possible que le pays soit en train de reproduire exactement la même stratégie avec les véhicules électriques.
Le véritable problème n’est pas la technologie
On entend souvent que l’Afrique n’est pas prête pour les véhicules électriques.
Pas assez de bornes.
Pas assez de garages spécialisés.
Pas assez de techniciens formés.
Pourtant, le principal obstacle reste beaucoup plus simple :
Le prix d’achat.
Même lorsqu’un véhicule électrique coûte moins cher à utiliser au quotidien, son coût initial reste dissuasif.
En supprimant les droits de douane, le Kenya réduit immédiatement cette barrière.
Et lorsqu’un produit devient plus accessible, son adoption peut s’accélérer très rapidement.
Le Kenya possède déjà l’un des ingrédients essentiels
Contrairement à de nombreux pays, le Kenya dispose d’un avantage considérable.
La majorité de son électricité provient déjà de sources renouvelables :
- Géothermie
- Hydroélectricité
- Éolien
- Solaire
Autrement dit, le carburant du futur est déjà produit localement.
Chaque véhicule électrique supplémentaire réduit potentiellement les importations de carburant et conserve davantage de richesse dans l’économie nationale.
Peu de pays africains peuvent aujourd’hui revendiquer un tel avantage.
Les grands gagnants ne seront peut-être pas les particuliers
Lorsque l’on parle de voitures électriques, on imagine souvent des particuliers achetant un nouveau véhicule.
Mais les premiers bénéficiaires pourraient être ailleurs.
Imaginez :
- Les chauffeurs Uber et Bolt
- Les flottes de livraison
- Les boda-boda
- Les entreprises de logistique
- Les transports publics
Pour eux, chaque litre de carburant économisé a un impact direct sur la rentabilité.
À grande échelle, les économies peuvent devenir considérables.
Mais le véritable enjeu est probablement industriel
Et c’est là que cette annonce devient particulièrement intéressante.
Car le Kenya ne cherche pas seulement à importer des véhicules électriques.
Il cherche à attirer tout un écosystème :
- Assembleurs automobiles
- Fabricants de batteries
- Entreprises de recharge
- Développeurs de logiciels
- Centres de maintenance spécialisés
En d’autres termes :
Le Kenya ne veut pas seulement acheter la technologie.
Il veut participer à sa création.
Une opportunité pour les investisseurs
Chaque transition économique crée ses gagnants.
Lorsque l’internet s’est démocratisé, certains ont construit des opérateurs télécoms.
Lorsque le mobile money a explosé, certains ont créé des fintechs.
La mobilité électrique pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’entreprises africaines.
Infrastructure de recharge.
Maintenance.
Location de batteries.
Solutions logicielles.
Financement.
Transport public.
Logistique.
Les opportunités sont nombreuses pour ceux qui sauront se positionner tôt.
Et si nous assistions à un tournant historique ?
L’Afrique comptera près de 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050.
Les besoins en mobilité vont exploser.
La question n’est donc pas de savoir si les véhicules électriques feront partie de l’avenir du continent.
Ils en feront partie.
La vraie question est :
Quels seront les pays qui construiront cette industrie et capteront la valeur créée ?
Le Kenya semble avoir décidé qu’il voulait être l’un d’eux.
Et dans quelques années, nous regarderons peut-être cette exonération fiscale non pas comme une simple mesure budgétaire…
Mais comme le point de départ d’une nouvelle révolution économique africaine.
Et vous ?
Si les véhicules électriques devenaient réellement plus abordables au Kenya et dans le reste de l’Afrique, seriez-vous prêt à abandonner votre véhicule thermique ?
Pourquoi ou pourquoi pas ?