L’un des aspects qui fascinent le plus les Occidentaux en visite au Kenya, c’est le rythme de vie des habitants. Un « tempo lent », qui rappelle à certains antillais la zen attitude des peuples des îles. Sur la côte swahilie, cette lenteur devient une véritable philosophie de vie, connue sous le nom de « pole pole » — littéralement « doucement, doucement ».
Deux proverbes swahilis traduisent à merveille cette sagesse :
“Haraka haraka, hakuna baraka” — La précipitation n’apporte pas la bénédiction “Pole pole ndiyo mwendo” — La lenteur est le bon chemin.
Mais il ne s’agit pas simplement d’un mode de vie au ralenti : pole pole signifie avant tout vivre avec sérénité, sans stress ni agitation, car la précipitation ne mène nulle part. Face au mzungu (l’étranger occidental), obsédé par la productivité et la rentabilité du temps, le Kenyan oppose une vérité ancestrale : le temps n’est pas de l’argent — c’est la vie elle-même.
Le pole pole, ou l’art de la paix intérieure
Un vieux professeur de Lamu disait :
« Ceux qui vivent dans la hâte ne profiteront ni de la vie… ni de la mort. »
Une phrase simple mais d’une sagesse immense. Car ici, la lenteur n’est pas une faiblesse, c’est une forme d’acceptation du monde. C’est aussi ce qui rend le pole pole si contagieux : les expatriés finissent souvent par s’y adapter, y trouvant un apaisement qu’aucune thérapie occidentale n’aurait pu leur offrir.
Même dans la vie quotidienne, tout semble suivre ce tempo : Les files d’attente interminables au guichet, les réunions communautaires qui commencent trois heures en retard, les employés qui prennent le temps de saluer chaque client comme un vieil ami… Ici, le temps est partagé, jamais perdu.
Une lenteur démocratique et culturelle
Le pole pole est profondément réciproque. Celui qui attend le service et celui qui le rend partagent la même patience. Ce n’est pas une paresse, c’est une autre manière de concevoir l’existence : ne pas lutter contre le temps, mais s’y accorder.
Même les touristes, souvent frustrés au début, finissent par adopter cette cadence. Ils découvrent que ralentir, c’est aussi reconnecter avec soi-même, avec les autres, et avec la nature.
Plus qu’un slogan : une leçon de vie
Le pole pole s’accompagne souvent d’une autre expression-philosophie : “Hakuna matata”, pas de problème. Ce n’est pas qu’une phrase de film, c’est une façon d’être. Cela ne signifie pas qu’il n’y a jamais de difficultés, mais qu’il est inutile de s’enchaîner à l’inquiétude.
Au Kenya, aller lentement, c’est aller sûrement. Comme le dit un vieux proverbe :
« Ce qui pousse lentement, enracine profondément. »