Pendant des décennies, les États ont tiré leurs revenus des impôts, des ressources naturelles, des droits de douane ou de l’exploitation minière.
Mais au XXIe siècle, une nouvelle ressource est apparue. Invisible. Inépuisable. Et potentiellement plus précieuse que le pétrole.
La donnée.
Et le Kenya semble avoir compris quelque chose que beaucoup de pays n’ont pas encore réalisé : les données générées par une économie moderne constituent un actif national stratégique.
Le gouvernement kényan prépare actuellement une politique qui pourrait faire du pays l’un des premiers en Afrique à commercialiser officiellement des données publiques anonymisées via une place de marché nationale.
Une initiative qui passe relativement inaperçue aujourd’hui.
Mais qui pourrait être étudiée dans quelques années comme un tournant majeur de la transformation économique africaine.
Nous vivons le plus grand transfert de valeur de l’histoire moderne
Pendant longtemps, la richesse mondiale a été dominée par ceux qui possédaient :
- les terres,
- les usines,
- les matières premières,
- les infrastructures.
Aujourd’hui, les entreprises les plus puissantes de la planète possèdent surtout des données.
Google ne vend pas des moteurs de recherche.
Amazon ne vend pas seulement des produits.
Meta ne vend pas des réseaux sociaux.
Leur véritable richesse est la connaissance qu’ils possèdent sur les comportements humains, les marchés, les tendances et les flux économiques.
La donnée est devenue une infrastructure économique.
Et désormais, les États commencent eux aussi à prendre conscience de sa valeur.
Le Kenya possède déjà une mine d’or numérique
Chaque jour, des millions de citoyens interagissent avec les services publics via eCitizen.
Ils créent des entreprises.
Demandent des passeports.
Enregistrent des naissances.
Achètent des terrains.
Immatriculent des véhicules.
Demandent des permis.
Déclarent des activités économiques.
Individuellement, ces informations sont sensibles et doivent rester protégées.
Mais une fois agrégées, anonymisées et structurées, elles deviennent une source exceptionnelle d’intelligence économique.
Elles permettent de comprendre :
- où la population se développe,
- où les investissements se concentrent,
- quels secteurs accélèrent,
- quelles régions ralentissent,
- où apparaissent les nouvelles opportunités.
Autrement dit : elles racontent en temps réel l’évolution de l’économie nationale.
Ce projet ne consiste pas à vendre des données
Il consiste à vendre de la visibilité.
Et c’est là toute la différence.
Un investisseur immobilier paie des études de marché.
Une banque paie des cabinets d’analyse.
Une multinationale paie des consultants.
Pourquoi ?
Parce que mieux comprendre un marché permet de prendre de meilleures décisions.
Si demain un promoteur peut identifier précisément les zones où les créations d’entreprises augmentent de 30 % par an…
Si une banque peut repérer les régions où la demande de crédit explose…
Si une startup peut analyser les comportements administratifs de millions d’utilisateurs…
Alors ces données deviennent un véritable moteur de croissance.
Le Kenya ne vend donc pas des fichiers.
Il vend de l’intelligence économique.
L’opportunité dépasse largement les revenus de l’État
Le débat public se concentrera probablement sur une question :
« Combien le gouvernement va-t-il gagner ? »
C’est pourtant la mauvaise question.
La vraie valeur ne réside pas dans les quelques millions de shillings qui pourraient être générés par la vente des données.
La vraie valeur réside dans tout ce qui sera construit grâce à elles.
- Nouveaux services financiers.
- Solutions de mobilité.
- Outils de planification urbaine.
- Applications agricoles.
- Plateformes d’analyse immobilière.
- Modèles d’intelligence artificielle.
- Produits d’assurance.
- Services de recherche.
L’économie de la donnée fonctionne comme les routes ou l’électricité :
Sa plus grande valeur est indirecte.
Elle permet à d’autres secteurs de créer davantage de richesse.
Le Kenya est peut-être en train de prendre plusieurs années d’avance sur le continent
Depuis vingt ans, le pays accumule les paris gagnants.
Quand le reste du monde découvrait encore le paiement mobile, le Kenya lançait M-Pesa.
Quand de nombreuses administrations africaines fonctionnaient encore sur papier, eCitizen permettait déjà de réaliser des centaines de démarches en ligne.
Aujourd’hui, Nairobi est devenue l’un des principaux hubs technologiques du continent.
Et maintenant, le pays cherche à transformer la donnée publique en infrastructure économique.
Ce n’est pas un hasard.
C’est la suite logique d’une stratégie de numérisation engagée depuis plusieurs années.
Une question essentielle pour l’Afrique
Pendant longtemps, les ressources africaines ont été exportées sous leur forme brute.
Le minerai.
Le pétrole.
Le café.
Le cacao.
Aujourd’hui, une nouvelle ressource émerge.
La donnée.
L’Afrique générera dans les prochaines décennies certains des plus grands volumes de données au monde grâce à sa croissance démographique, son urbanisation rapide et sa digitalisation accélérée.
La question est simple :
Allons-nous laisser cette richesse être exploitée ailleurs ?
Ou allons-nous construire des économies capables de créer de la valeur à partir de nos propres données ?
Le Kenya vient peut-être d’apporter un premier élément de réponse.
Et si la plus grande richesse de l’Afrique du XXIe siècle n’était finalement pas sous nos pieds…
mais dans nos serveurs ?